Anniversaire de la naissance de Taïwan

Bonjour tout le monde !

好久不見! Ca veut dire “long time no see” en chinois ;)

Aujourd’hui, 10 octobre, est un jour férié à Taïwan. Nous fêtons la naissance du pays, en 1949, lorsque Chang Kai Shek fuyait la Chine continentale qui croulait sous l’oppression communiste grandissante. Le sujet est plus que délicat à vrai dire. Car dès que l’on parle d’une seule Chine, terme si cher à Pékin, l’histoire convient de nous montrer que la “seule” autorité légitime se trouve à Taiwan et non à Pékin en parlant de “Chine”.

Je ne vais pas m’attarder longtemps sur le sujet, je n’ai aucun intérêt à développer des discours sur des sujets politiques aussi sensibles ici. Surtout que mes connaissances sur le sujet sont, somme toute, limitées. Mais j’en apprends un peu plus tous les jours….ce n’est jamais très plaisant, mais qui a dit que l’on vivait heureux en se préoccupant de la gouvernance de nos Etats ? C’est pourquoi je m’en occupe bien moins et tente de me concentrer un peu plus sur ce qui me concerne directement. Une sorte de nombrilisme de complaisance, me permettant de ne pas disperser inutilement mon énergie et ma concentration.

Nous arrivons à la première moitié de mon premier trimestre de cours à l’Université de la Culture Chinoise de Taipei. Je dois avouer avoir baissé dans mes notes et dans l’intensité de mon travail. Je pense être passé de 99/100 de moyenne à environ 97/100. Pas vraiment substantielle comme chute, mais toujours est-il que c’en est une. Quand on se fait chier comme moi, faut bien se trouver des trucs à constater… Ce n’est pas que rien ne se passe autour de moi, mais mes yeux se ferment doucement à nombres de choses m’entourant parce que dénuées d’intérêt et de sens, j’ai décidé d’arrêter de m’en préoccuper.

Qu’est-ce qui garde donc du sens à mes yeux en ce moment ?

Mes cours. Malgré ma baisse de régime récente, je compte bien user de mon weekend pour me remettre un peu plus sérieusement sur mes cours. Apprendre le chinois est pour moi une chose relativement importante sur le plan personnel. J’ai envie de quitter cet état de frustration permanente face au monde qui m’entoure. Fort heureusement, je peux sentir ce mur s’effriter petit à petit.

Ma construction culturelle et intellectuelle. Je termine une passe difficile sur le plan de la santé. Des maux de tête horrible ne m’ont pas lâché pendant presque deux semaines. Dans cet état, impossible de faire grand chose, au sens le plus littéral du terme. Mais depuis une petite semaine, je peux jouir à nouveau de mon corps à peu près librement. Je viens donc de finir mon premier livre depuis que je suis arrivé ici. Quel plaisir j’ai pu prendre à dévorer ces 500 pages en 4 jours. Un bon entrainement de mon anglais et quelques perceptions intéressantes sur certains pans de la société moderne japonaise. Cependant je ne qualifierai pas ce livre à l’aide de mots positifs. L’écriture à du être facile. Il n’eut d’intérêt pour moi que dans ce qu’il à pu me dépeindre de la société japonaise qui est en toile de fond du roman. Mais le livre en lui-même est simplement correct, rien de plus. “Grotesque” par Natsuo Kirino, s’il y a des intéressés. Mon prochain livre est déjà choisi. Commencé depuis longtemps, toujours pas fini “なんくるない” de Yoshimoto Banana. En japonais, ce qui ralentit ma vitesse de lecture et me fatigue un peu plus. Mais j’aime beaucoup le style de cet auteur, si reposant et d’une fluidité palpable même pour un novice comme moi en langue japonaise.

Enfin, la dernière chose qui focalise mon attention et mon énergie est l’établissement de mon futur. Quelle grande phrase ! Quand on est ainsi tel que moi, à l’étranger sans plus aucun repaire, on en profite pour se poser les questions auxquelles on ne peut vraiment faire face dans son fauteuil préféré chez soi. Cela fait plusieurs années que j’attendais le moment où j’allais enfin pouvoir cesser de me les poser mais prendre le temps de réfléchir à des réponses. Bientôt deux mois que je suis parti, croyez-moi, même si l’on entrevoit pas plus les réponses qu’avant, au moins il devient possible de les préciser.

Quel chemin prendre ? Toute ma vie derrière une indépendance sincèrement feinte, je n’ai pris de décisions qu’avec un filet de sécurité derrière moi. J’ai comme la sensation que j’ai maintenant envie de déchirer ce filet à coup de dent et de me jeter dans ce qu’il a caché jusqu’ici. La première fois est toujours la plus difficile dit-on. Oui, mes pas sont malhabiles. Oui, ma démarche se traine. En moi, pourtant, afflue une énergie sans précédent, une envie de main dans la main, une envie de franchir ce virage dont on ignore l’horizon vers lequel il nous guide. La seule manière de le savoir est de le passer. Aujourd’hui, je freine encore mes envies, car c’est en courant que l’on trébuche, et si depuis des siècles on nous répète que rien ne sert de courir, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison. Un homme amer me disait il y a peu “si jeunesse savait et si vieillesse pouvait”. Je ne sais peut-être pas grand chose encore du haut de mes vingt-trois automnes, c’est pourquoi sans me presser je pourrai peut-être atteindre ce juste équilibre entre savoir et capacité. Je tente de m’abreuver de la sagesse qui m’entoure et de chérir la fougue de la jeunesse et de la passion qui m’habitent pour mieux modeler ma réalité à la forme de mes rêves.

Pour qu’à notre réalité n’ait de limite que notre imagination.


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